« Hey… ça va tu? »
Trois petits mots, l’air de rien. Une phrase qu’on entend tous les jours. Une question qu’on lance sans trop y penser, en espérant entendre un simple “oui, toi?” en retour. Parce que c’est ça qu’on fait, non? On se croise, on se parle, on s’aime, mais sans toujours aller en profondeur. Parce qu’on a peur de déranger, peur d’être lourds, peur d’avoir à expliquer ce qui ne va pas.
J’ai réalisé que je suis souvent celle qui écoute, qui comprend, qui trouve les bons mots. Celle qui réconforte, qui absorbe, qui donne l’impression d’être forte, solide, ancrée. Pis c’est une belle marque d’amour et de confiance que les gens s’ouvrent à moi, j’aime sincèrement être dans l’écoute. Mais être perçue comme un pilier, ça vient avec un poids. Un poids dont je n’ai pas toujours conscience, jusqu’à ce que quelqu’un, un jour, me pose cette question autrement.
La semaine passée, une amie m’a demandé “Hey… ça va tu?” avec une sincérité que je n’attendais pas. Pas un “ça va?” en passant, pas un échange rapide entre deux obligations. Juste une question, posée doucement, avec l’envie réelle d’écouter, sans attente, sans filtre. Et ça m’a frappée. Parce que la vérité, c’est que non, ça n’allait pas tellement.
Le but ici, ce n’est pas d’attirer l’attention sur le fait que ça n’allait pas. Rassure-toi, ce n’est rien de grandiose, rien qui ne passera pas. Juste une de ces petites passes plus lourdes, celles qui semblent parfois s’étirer sans raison précise. Ce n’est pas dramatique, ce n’est pas un cri à l’aide… c’est juste la vie, avec ses hauts et ses bas.
Mais bref, en un instant, tout a craqué. Parce que ça faisait longtemps que personne ne me l’avait demandé comme ça. Pas pour combler un silence, pas par politesse, pas pour enchaîner sur autre chose. Mais juste… pour savoir. Pour me voir, moi, au-delà de tout ce que je dégage.
Quelques heures plus tard ce soir-là, en l’espace d’une soirée, je suis passée d’un poids sur le cœur à un sentiment de légèreté. Parce qu’au lieu de garder ça en dedans, j’ai parlé. J’aurais pu remettre à plus tard l’invitation soudaine de mes deux amies. Mais non. J’ai fermé mon ordinateur, défait ma toque, mis du mascara. On a commandé des sushis, ouvert une bouteille de blanc. On n’a pas mis ça à plus tard, on n’a pas programmé un souper “quand on aura le temps”. Non. On a juste pris le moment. Là, tout de suite. Dans l’instant.
Et j’ai senti que j’étais accueillie, sans artifice. Que mes émotions étaient valides. Que j’existais, avec tout ce que je porte, et que c’était correct.
Je me suis couchée ce soir-là avec un petit poids en moins. Pas parce que tout est réglé, comme par magie. Mais parce qu’elles ont pris le temps. Parce que je n’ai pas eu à faire semblant.
Alors aujourd’hui, j’ai envie de te lancer un défi. Écris à quelqu’un que tu aimes. Pas pour un truc précis, pas pour prévoir un souper dans trois semaines. Juste pour lui demander “Hey… ça va tu?”
Mais demande-le pour vrai. Avec sincérité. Et prends le temps d’écouter la réponse. Parce qu’on sous-estime parfois à quel point ces trois petits mots peuvent tout changer.
Marie-Soleil xx