Cet amitié qu’on perd dans un silence

Il y a des absences qui laissent des traces. Des absences qui ne claquent pas la porte, qui ne s’expliquent pas, qui ne s’excusent pas. Ils s’installent doucement, à travers des silences qu’on refuse d’abord de croire, puis qu’on finit par appeler “normal”. Et pourtant, il n’y a rien de normal à devoir deviner ce qu’on est devenu pour quelqu’un qui, un jour, faisait partie de notre essentiel. Quelqu’un qu’on désignait comme une amitié inconditionnelle.

Ça s’est passé doucement. Insidieusement. Un message lu, mais non répondu. Une présence autrefois quotidienne qui devient rare, puis inexistante. Et un jour, on réalise qu’on parle encore… mais toute seule maintenant.

Je pense encore à toi. Souvent, sans prévenir.

Un mot, une chanson, un souvenir ordinaire… Et soudain, tu refais surface. Pas comme avant, pas dans la douceur d’un échange, mais dans l’écho d’un vide. J’ai gardé ce réflexe trop longtemps, celui de vouloir t’écrire. Te raconter mes journées, mes réflexions, même les plus banales. Comme si, quelque part, ça allait créer un pont invisible entre nous. Comme si ce lien qui me manquait allait se reformer dans l’élan d’un message jamais envoyé.

Il n’y a pas eu de conflit. Pas de mots de trop. Rien de grave en apparence. Juste cette distance grandissante, ce décalage invisible qu’on n’a pas su nommer à temps. Et moi qui suis restée là, figée, à essayer de comprendre le “pourquoi”.

Et pourtant, je le savais. Tu ne répondrais plus.

C’est ça qui m’a fait le plus mal.

Pas ton absence physique. Pas le fait que tu sois ailleurs. Mais ce silence devenu constant, puis lourd, puis assourdissant. Comme si ce qu’on avait partagé ne méritait même pas une fin claire. Comme si j’étais seule à porter le poids de cette histoire. Comme si j’étais seule à me souvenir de notre lien, de la valeur de notre amitié.

Je me suis accrochée. Trop longtemps peut-être.

On partageait tout. Les confidences, les réflexions profondes, les petits bonheurs de nos journées, les choses qu’on n’osait dire à personne d’autre. C’était vrai. Ça, je le sais. Et peut-être que c’est ça qui rend ton silence encore plus lourd à porter. J’ai voulu comprendre, tout analyser. Me remettre en question, revoir nos derniers échanges, chercher la faille. J’ai pensé que j’avais trop dit. Pas assez. Que j’avais été trop présente. Trop ouverte. Trop moi, peut-être. Et puis j’ai compris que parfois, ce n’est pas une question de faute. Ce n’est pas une erreur qu’on peut corriger. Que certaines personnes choisissent de se taire, parce qu’elles ne savent pas comment rester sans s’impliquer davantage. Ou parce qu’elles ont changé. Ou parce qu’elles ont peur.

Et ça fait mal, de réaliser qu’on n’a pas été quitté avec honnêteté, mais effacé tranquillement. Ignoré.

Aujourd’hui, je n’attends plus.

Pas parce que je ne ressens rien. Au contraire. Mais parce que je choisis de ne plus espérer ce qui ne viendra pas. Parce que ce deuil-là, je l’ai assez subi. Parce qu’il m’a ralentie, encombrée, abîmée. Et qu’à un moment donné, il faut arrêter de cogner à une porte qui ne s’ouvrira plus.

Je ne t’écris pas pour que tu me lises. Je ne cherche plus de réponse. Ce texte, je l’écris pour moi. Pour fermer doucement cette boucle qu’on n’a jamais eu le courage de clore ensemble. Pour me libérer de ce lien devenu silence. Pour arrêter de faire semblant que ce vide ne me touche plus, alors qu’il m’a habitée longtemps. Je ne chuchote plus ton nom en espérant qu’il résonne quelque part. Je ne garde plus la lumière allumée au cas où tu reviendrais.

Je me libère. En silence, moi aussi. Mon silence. Parce que si tu me connais, tu sais qu’une fois que j’écris mes pensées, c’est que j’exprime tout ce que je ne dis pas.

Mais cette fois, ce silence, c’est moi qui l’ai choisi.

-Marie-Soleil

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