L’Alaska - Ce qui ne s’explique pas.

L’Alaska, ce n’est pas une destination qu’on coche banalement sur une liste. On ne le consomme pas. On s’y abandonne. On le vit. Et surtout… on en revient changé.

Je croyais connaître l’effet que l’Alaska pouvait faire. J’y étais déjà allée. J’en avais déjà parlé, invitée par un croisiériste, j’en avais été éblouie, déjà, mais cette fois, c’était différent. Cette fois, j’y suis retournée avec des voyageurs de la communauté Blogue & Voyage, et ça a tout changé. Je ne sais pas si c’est parce qu’on était en groupe à vivre cette intensité ensemble, ou parce que j’avais moi-même besoin de reconnecter autrement. Mais l’Alaska est venue me chercher encore plus loin que la première fois. Comme un rappel doux et brut à la fois, que certaines beautés ne s’expliquent pas. Elles se ressentent, elles se vivent, elles s’intègrent.

Des beautés qui te traversent pour de bon.

Avant même d’embarquer sur le navire, on a visité Anchorage, puis on a loué des voitures pour rejoindre Seward. Et c’est là que tout a basculé. Je pensais qu’on ferait une belle route panoramique, tranquille. Mais non. On a littéralement dû s’arrêter des dizaines de fois sur le bord du chemin, incapables d’avancer trop longtemps sans être happés par ce qu’on voyait. Des montagnes à perte de vue, figées comme des géants silencieux. Des rivières d’un bleu laiteux, chargées de sédiments glaciaires. Des cascades qui dévalent les flancs abrupts comme des filaments de lumière liquide. Le soleil, ce jour-là, frappait sur les sommets enneigés d’un éclat presque aveuglant, et le silence était si profond qu’on aurait juré qu’il avait été déposé là juste pour nous. On descendait de la voiture, et personne ne parlait. Ce n’était pas un silence gêné, c’était un silence habité. Chacun regardait, respirait, absorbait. C’était de la liberté pure, brute, vibrante.

Et ce n’était que le début.

La suite, à bord du navire, c’est ce voyage au rythme de l’eau, de la glace et des escales. On a vu les glaciers craquer dans un bruit sourd qui fait écho droit dans le cœur. On a navigué dans des fjords où les montagnes se penchent pour te saluer. À Juneau, certains ont marché sur un glacier, d’autres ont pagayé jusqu’à son pied. Nous, on a flâné dans la ville, goûté ce qu’elle avait à nous offrir. À Skagway, on a remonté le temps à bord d’un train centenaire, glissant entre les sommets enneigés du Yukon comme dans un rêve suspendu. Je me suis levée avant le soleil, en le regardant percer l’horizon au gré des dauphins et des baleines qui venaient taquiner le navire.

Et puis, il y a eu cette nuit-là. Le capitaine avait fait une annonce nous informant que cette nuit-là, les conditions étaient favorables à un phénomène magique. On ne s’est pas coucher, les yeux lourds de sommeil, et on a glissé dehors, chacun sur son balcon. En silence. Les mots n’étaient pas nécessaires. Au-dessus de nous, le ciel s’est mis à danser. Des voiles vert-émeraude et mauve se sont déployés, comme si l’univers avait décidé de nous offrir un grand frisson. Les aurores boréales. Réelles. Grandioses. Intimes. Le genre de moment qu’on ne raconte pas vraiment. Qu’on garde au chaud. Qu’on laisse vivre à l’intérieur, pour les soirs où la magie nous manque.

Partout, j’étais touchée par cette nature immense, indomptée, qui ne fait aucun effort pour te séduire, mais qui te subjugue quand même. Parce qu’elle est. Simplement.

Ce voyage-là, il a bouleversé le groupe. Et il m’a bouleversée moi aussi. Il y a eu des moments de rires, de silence, de contemplation, d’émotion pure. Des regards échangés qui voulaient dire : « Est-ce que tu ressens ça, toi aussi? ». Et des « je n’aurais jamais cru » murmurés à demi-voix, parce que l’émotion prenait trop de place pour qu’on puisse parler fort.

Je retournerai en Alaska. C’est une promesse. Et j’y retournerai avec ceux qui sont prêts à vivre autre chose qu’un simple itinéraire. J’y retourne parce que vous me l’avez demandé, et parce que (comme vous commencez à me le partager) vous avez compris que le voyage, ce n’est pas juste une destination. C’est une transformation.

Parce qu’on ne revient pas pareil d’un endroit comme celui-là.

Et qu’au fond, ce qu’on cherche tous en parcourant la planète, c’est un lieu qui vient secouer doucement ce qu’on croyait figé.

Marie-Soleil xx

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